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CRS, sifflets et déceptions au #Sia2024

Plutôt qu’un « point d’étape », c’est un « coup d’épée dans l’eau »


TNC le 24/02/2024 à 19:35
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Suite à cette journée inaugurale du Salon de l'agriculture, le ressenti des agriculteurs est bien amer. (© TNC)

Que doit-on retenir de la visite inaugurale, dans une ambiance électrique jamais vue, d’Emmanuel Macron ? Un « coup d’épée dans l’eau », selon Damien Greffin, président de la FDSEA d’Ile-de-France. « Il continue de nous manipuler » fustige quant à elle Véronique Le Floch, la présidente de la Coordination rurale.

Autant le dire d’emblée : le « point d’étape » que le Gouvernement avait prévu à l’occasion du Salon de l’agriculture pour poursuivre la résolution des innombrables difficultés des agriculteurs a viré au fiasco.

Et le ressenti des agriculteurs est bien amer. « Personne n’est satisfait. Cette visite est un coup d’épée dans l’eau, a réagi Damien Greffin, président de la FDSEA d’Ile-de-France en milieu d’après-midi. On n’a pas du tout avancé sur les sujets alors que le salon devait être un point d’étape. »

Même sentiment de la part de Véronique Le Floc’h. « On continue à être manipulé. Comme nous le faisons pour la contention de nos animaux, l’Exécutif parque les agriculteurs pour faire le tri ».  La leader de la Coordination rurale fait référence à la mise à l’écart de dizaines d’agriculteurs aux bonnets jaunes, sifflets à la bouche pour dénoncer l’inaction du chef de l’État.

Durant les deux heures d’échanges avec quelques agriculteurs de tous bords syndicaux, dont la présidente de la CR, Emmanuel Macron a bien apporté quelques réponses supplémentaires, comme la mise en place de « prix planchers », un « plan de trésorerie » pour les agriculteurs les plus en difficulté, ou encore l’engagement  « à faire reconnaître l’agriculture comme étant d’un « intérêt général majeur de la nation française », promettant de l’inscrire dans la loi pour la « protéger de manière ferme et solide ».

« Je ne sais pas ce qui sera suffisant pour calmer la colère des agriculteurs, concède Damien Greffin. C’est le beau temps qui va faire que la contestation va s’arrêter, en tout cas temporairement. »

« C’est malheureusement le beau temps qui va faire que la contestation va s’arrêter »

« Il va falloir faire beaucoup de pédagogie de terrain pour expliquer concrètement quelles sont les avancées concrètes pour chacun des agriculteurs, qui ont des situations très différentes selon les filières. Car il y a des mesures de long terme qui ne vont pas changer radicalement le quotidien des producteurs. Et ce qui manque encore aujourd’hui, ce sont des choses bien tangibles dans leur quotidien. »

« Il faut quand même reconnaître le bon travail qui a été dans de nombreux départements. On a fait un travail colossal pour recenser et lui [le Président de la République] remonter les difficultés concrètes. Mais ce qu’il annonce aujourd’hui reste très vague ! insiste Véronique Le Floc’h. Le concret on ne le voit pas ! »

« Une visite particulièrement désespérante pour les jeunes »

« Quelle vision donne-t-il pour les jeunes ? Cette visite est désespérante, en particulier pour les jeunes car il n’y a aucune vision affichée. »

CRS casqués, halls entiers fermés aux visiteurs

Outre le fond décevant pour les agriculteurs, la tournure qu’a pris cette visite inaugurale n’a jamais été vue par le passé. Pour « déambuler » dans les allées, le chef de l’État a dû, bien plus que d’habitude, sortir les muscles. Les organisateurs ont préféré retarder l’ouverture du salon au public, initialement prévue à 9h. Les portes ne se sont ouvertes que vers 10h30.

Le hall 1, celui accueillant les animaux, et donc le plus prisé par les visiteurs, est resté fermé jusqu’à 14h30, dès lors que le Président s’y trouvait encore.

Au moment de sa « pause » pour se restaurer en milieu d’après-midi, c’est le hall 4 qui a été complètement bouclé, empêchant, là-encore, l’entrée des visiteurs et la bonne tenue des rendez-vous et animations sur les stands. Une prise d’otages partielle du salon, en quelque sorte, qui a fait aussi grincer des dents les stands de vente de produits.

Face à cette marche forcée d’Emmanuel Macron dans les allées du salon, Damien Greffin résumait bien le sentiment partagé par bon nombre de participants. « Plus tôt il sera parti, mieux ce sera pour le salon et les visiteurs. ».