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Avec la Salers, Cyrille et Cécilia dépoussièrent la polyculture-élevage en Alsace


TNC le 04/04/2025 à 04:54
Salersdesplaines

Installé hors cadre familial, Cyrille Lack et sa compagne Cécilia Herwede ont misé sur les races rustiques pour faire perdurer l'élevage sur une structure céréalière. (© TNC)

En Alsace, chez Cyrille Lack et Cécilia Herwede, les Salers ont permis de maintenir l’élevage sur une exploitation céréalière. Avec 35 vêlages en naisseur-engraisseur, les éleveurs ont mis en place un système d’élevage compatible avec les astreintes d’une ferme irriguante.

« Je sais qu’on ne dit pas Salersssse, mais l’on ne peut pas lutter contre l’accent alsacien », sifflote Cyrille, à la tête de 35 vaches allaitantes. « Les éleveurs du berceau nous grondent, mais le naturel reprend vite le dessus », plaisante sa compagne. Il faut admettre que la race rustique dénote dans le paysage haut-rhinois. « On ne s’appelle pas les Salers de la plaine pour rien. »

La vache au poil frisé a permis de maintenir l’élevage sur la ferme céréalière. « La plaine d’Alsace n’est pas une grande région d’élevage », admet Cyrille. Si bien qu’à son installation, la question du maintien du troupeau a vite été posée sur la table. « Chez Mariette et François, les vaches étaient un petit peu là par habitude », concède l’agriculteur. Ce qui tirait la ferme, c’était la culture de maïs irrigué : « avec de l’eau au bon moment, on peut monter jusqu’à 160 quintaux dans la plaine d’Alsace. »

Mais d’aussi loin que les aînés se souviennent, la ferme Daesch avait toujours connu des vaches. Au moment de reprendre la structure de ces amis de la famille, Cyrille ne se voyait pas tourner le dos à l’élevage. Et aujourd’hui, les vaches côtoient toujours les épis de blé sur le logo de L’EARL Daesch-Lack.

Pas question pour autant de continuer en l’état. « À l’époque, il y avait une dizaine de vaches. De la Montbéliarde, un peu de Simmental, de la Vosgienne… On était vraiment sur quelque chose de très mixte ! », se remémore l’éleveur, installé en 2016. L’étable entravée au centre du village incarnait l’héritage agricole local, mais n’était pas vraiment adaptée aux besoins d’aujourd’hui. « Il fallait trouver un système qui soit compatible avec le travail au champ », explique l’agriculteur à la tête d’une centaine d’hectares. « Nous passions 2h au matin et 1h30 le soir pour traire à peine 10 vaches. Ça n’était plus raisonnable. »

La rencontre avec la race rustique a donné un second souffle à la ferme. « En BTS, j’ai dû faire un stage en élevage ». Le hasard l’a conduit chez un naisseur-engraisseur de Salers de l’Allier. « En rentrant, je me suis dit, « c’est bon, j’ai trouvé mon système » », aime à raconter l’éleveur. Rusticité, facilité de vêlage, conformation… Pour lui, « la Salers, c’était pile ce qu’il fallait pour aller avec les cultures ».

Les vaches mixtes ont ainsi été remplacées par deux génisses Salers en 2015, suivis par 5 couples mères/veaux en 2016 jusqu’à monter à 35 vêlages aujourd’hui. « J’ai été très bien accompagné, confie Cyrille. Les éleveurs n’ont pas hésité à me vendre des vaches d’une belle valeur génétique pour que je puisse démarrer avec de beaux animaux. » La création d’un troupeau est une course au long cours. Pendant près de trois ans, aucun produit n’est sorti de l’atelier bovin viande afin de constituer le cheptel.

Pour héberger ce beau monde, une stabulation flambant neuve est sortie de terre entre 2019 et 2022. « On nous a un petit peu pris pour des fous », sourit Cécilia. « Que l’on continue l’élevage, pourquoi pas, mais de là à construire un bâtiment ! »

Les éleveurs ont fait le choix de quitter le corps de ferme historique pour construire une nouvelle stabulation excentrée. (© Terre-net Média)

Un système complémentaire avec la grande culture

Aujourd’hui, le couple ne regrette pas. « C’est aussi une manière de sécuriser le volet culture », apprécie Cyrille. Azote, matière organique… L’élevage bovin, c’est un plus pour les rendements. « On a fait remonter quelques parcelles grâce au fumier. Il y a des endroits où l’on peinait à dépasser les 110 q en maïs irrigué. Aujourd’hui, on a un potentiel bien supérieur. »

Les cultures fourragères s’imbriquent également entre les cultures de vente. L’élevage valorise les 10 ha de prairie permanente de la structure, et environ 13 ha de dérobées sont cultivées chaque année après les blés. « Il y a juste un peu d’échanges avec des voisins sur quelques hectares de luzerne et plus des nôtres. »

Enfin, la vente directe permet aux éleveurs de « boucler la boucle » comme ils aiment à le dire. « Lorsque je me suis lancé, la vente de broutard était à peine rentable », se remémore l’agriculteur. La vente en colis leur a permis d’être maîtres des prix. « On estime qu’on a un « coût de revient découpé » autour de 6,90 €/kg carcasse sans inclure notre rémunération », estime l’éleveuse. Un coût de production relativement bas, permis par l’autonomie alimentaire. « On est vraiment sur un système zéro intrant. Notre principale charge, c’est le remboursement du bâtiment. »

Ça nous permet de boucler la boucle.

La structure commercialise une bête par mois : des réformes bouchères, bœufs, ou génisses finies autour de 420 kg carcasse. Grâce à la vente directe, Cécilia peut également travailler sur la ferme. « Je ne m’y consacre pas à plein temps, mais cela permet de vivre à deux sur la structure », explique l’éleveuse.

Côté organisation du travail, l’atelier naisseur-engraisseur est pensé pour être compatible avec la contrainte de la plaine. « L’irrigation, c’est astreignant », fait remarquer Cécilia. Le choix du bovin viande aide : exit la traite. « On s’organise un petit peu comme on veut dans la journée. Je pars du principe que si les vaches ont à manger, il n’y a pas de soucis », détaille Cyrille.

« On peut très bien démarrer la journée par l’irrigation et aller aux bêtes plus tard. Elles s’adaptent », complète sa compagne. Pour la repro, ils misent sur des colliers détecteurs de chaleur. « Ça n’est pas encore tout à fait optimal sur les Salers, mais ça permet quand même de nous soulager un peu. »

Pour les éleveurs, grâce à une conduite simple, et un système autonome avec un léger appui de la technologie, l’élevage est moins contraignant. Ainsi, ils prennent « plaisir à s’occuper des vaches au quotidien. » Et ces dames leur rendent bien. Rares sont celles à ne pas accourir pour avoir des gratouilles. À tel point que les projets ne manquent pas.

« Si ça continue sur cette lancée, on se verrait bien agrandir avec un bâtiment pour l’engraissement en plus », partage Cyrille. Dans les tuyaux également : « s’essayer au pâturage, parce qu’avec un parcellaire éparse et éloigné, les salers passent pour l’instant encore trop de temps en bâtiment à mes yeux », précise l’agriculteur. Si bien que d’ici peu, les pâtures de la plaine du Rhin pourraient bien prendre quelques accents aveyronnais…