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Quelles alternatives aux fongicides sur blé ?


TNC le 04/04/2025 à 15:00
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Les maladies fongiques du blé tendre sont les bioagresseurs ayant le plus d'impact sur la qualité du grain et le rendement, la protection des dernières feuilles représentent donc un enjeu majeur. (© TNC)

Se passer des fongicides, tout en maintenant les rendements, c'est l'un des thèmes de travail des groupes Dephy "Entre Caux et Vexin" et "Sud Deux-Sèvres" depuis plus de deux ans. Ils reviennent sur les premiers résultats obtenus, à l'occasion d'un webinaire dédié.

Dans une démarche de réduction des produits phytos, plusieurs groupes Dephy cherchent à limiter le recours aux fongicides, en jouant sur leur stade d’application. Ils travaillent également à la mise en place de leviers alternatifs pour essayer de se passer complètement des fongicides, comme :

– « Le choix variétal : il ne se suffit pas à lui-même mais permet de limiter le développement des maladies grâce à la sélection de variétés tolérantes et résistantes » ;

– « Les produits de biostimulation : d’origine naturelle, ils vont stimuler la physiologie de la plante et donc ses défenses naturelles » ;

– « Les produits de biocontrôle : d’origine naturelle aussi, ils ont une action de contrôle des champignons pathogènes en stoppant leur développement et leur croissance sans les tuer ».

« Ces derniers offrent de nombreuses possibilités de combinaison avec les solutions chimiques pour réduire les IFT1, les phénomènes de résistance et l’impact environnemental, note Louis Hanquiez, de la chambre d’agriculture de Normandie. Ces solutions restent toutefois spécifiques de la septoriose, et se montrent inefficaces contre les rouilles. Elles augmentent aussi généralement le coût de la protection contre les maladies. »

Résultats du groupe Dephy « Entre Caux et Vexin »

L’ingénieur réseau Dephy détaille alors les données obtenues par le groupe Entre Caux et Vexin qu’il anime, dans les essais 2024 comparant des modalités 100 % biostimulation, 100 % biocontrôle et une combinaison entre biocontrôle et un fongicide classique pivot (dernière feuille étalée, DFE). Côté biostimulation, « c’est un purin d’ortie, prêle et consoude (10 l/ha) qui a été testé. Ce dernier vient de la distribution agricole, pour un gain de temps et car cela n’est pas toujours évident à homogénéiser et normer ».

(© Dephy)

Deux protocoles ont été mis en place sur les variétés Chevignon et Macaron. À noter sur ces essais, qu’il n’y a pas eu de développement de rouille jaune et seulement un peu de rouille brune sur Chevignon.

(© Dephy)

Sur cette variété, « la meilleure modalité obtient 97,9 q/ha, avec un premier passage de purin et les deux suivants avec Heliosoufre. On voit vraiment un gain, on est venu d’abord stimuler la plante, puis contrôler la maladie, malgré une année très pluvieuse. Il reste une interrogation sur la modalité en 2e position (91,4 /ha) avec uniquement de la biostimulation », observe Louis Hanquiez.

« Pour la modalité Purin/Heliosoufre/Purin, on descend un peu en termes de rendement (86,2 q/ha). On l’explique par le fait que le biocontrôle ne bloque pas totalement la maladie, il est juste là pour la contrôler et donc on suppose qu’on a redynamisé la plante et les maladies présentes. La modalité avec un seul passage de purin en tout début de cycle est en bas du tableau, avec 85 q/ha : on peut noter toutefois un impact positif avec + 6 q/ha par rapport au témoin. »

Concernant la variété Macaron, « les rendements sont moindres, la variété ayant été semée un peu trop tôt par rapport aux recommandations, elle a pâti des attaques de septoriose dans un contexte particulièrement pluvieux, souligne Louis Hanquiez. Le double passage d’Heliosoufre, puis fongicide classique est la meilleure modalité dans ce cas (80,8 q/ha), suivie de près par la combinaison fongicide puis purin, cela montre que le purin permet à la plante de se remobiliser face au stress généré par les produits phytos. Attention toutefois, il peut aussi stimuler le développement des maladies lorsqu’elles sont déjà présentes ».

Résultats du groupe Dephy Sud Deux-Sèvres

Le groupe Dephy grandes cultures Sud Deux-Sèvres est également revenu sur ses travaux de réduction des fongicides. A noter que les agriculteurs du secteur ne font jamais 3 passages, plutôt un seul avec un IFT souvent inférieur à 1, explique Stéphanie Boutant, conseillère agronomie de la chambre d’agriculture du département.

« Les premiers essais ont été réalisés en 2023, en terres rouges, avec un rendement moyen à 77 q/ha et une nuisibilité maladies maximale de 8,4 q/ha (parcelle agriculteur, de variété Complic, semée au 26 octobre 2022). Selon les modalités, l’IFT oscille entre 0 et 1,1 maximum quand on combine 2 passages. »

(© Dephy)

D’après les résultats obtenus, « les deux meilleures modalités sont celles qui combinent solutions de biocontrôle et produits chimiques (82,3 q/ha et 81,5 q/ha). Le produit de  biocontrôle Aquicine Duo en 2 passages (2 nœuds et DFE) arrive juste légèrement au-dessus des témoins et le thé de compost oxygéné (TCO) apporté ici comme un fongicide en 2 passages obtient un rendement inférieur à celui des témoins (69,8 q/ha) ».

Pour la campagne 2024, le groupe a donc fait « le choix d’arrêter le TCO, mais de continuer à tester les produits de biocontrôle et de biostimulation (Rêvolt Céréales, Delfan…). On a aussi ajouté une modalité, avec un passage unique, pratique assez régulière des agriculteurs dans le département, avec une enveloppe fongicide comprise entre 30 et 50 €//ha », indique Stéphanie Boutant. 

« Cette fois, l’essai a été placé en terres de groies, avec une moyenne de rendement inférieure (49,3 q/ha), pour un semis du 23 novembre 2023, précédent tournesol. La nuisibilité maximale a atteint 14,6 q/ha, 2024 ayant été une année très particulière avec un contexte rouille. »

(© Dephy)

« Les modalités qui ressortent le mieux sont celles avec deux passages (T1 et T2) de produits chimiques conventionnels (53,5 et 53,3 q/ha). Celles à base d’Aquicine Duo et Pygmalion s’en sortent bien aussi, en combinaison avec un fongicide chimique en passage unique. Nous comptons donc poursuivre les essais en ce sens. », note Stéphanie Boutant.

« On regarde aussi de près le choix variétal. Dans les différents essais présentés (Chevignon, Complice, Macaron et Providence), le meilleur résultat avec les produits de biocontrôle s’est révélé sur Chevignon, variété la plus résistante aux maladies dans ce cas (note de résistance septoriose à 7, contre 5,5-6 pour les autres).