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Dossier : FCO, MHE : Qu’en est-il en 2025 ?

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Après la vague de fièvre catarrhale ovine, la France compte ses moutons


AFP le 24/02/2025 à 09:Feb

© Getty Images

Laurent Loury a perdu 10 % de ses brebis à l'été 2024 en raison de l'épidémie de fièvre catarrhale ovine (FCO), qui a amputé d'un quart son chiffre d'affaires. Ses perspectives s'assombrissent, comme celles de la filière ovine, qui peine à recenser les pertes.

« On en entendait parler depuis mai-juin 2024 mais les vaccins n’ont été disponibles qu’une semaine après l’arrivée » en France de la FCO3, un nouveau sérotype, raconte cet éleveur de l’Oise (Hauts-de-France), âgé de 30 ans.

En quelques jours mi-août, il perd 17 brebis : « Je me sentais impuissant, j’ai tout essayé, antibiotiques, anti-inflammatoires (…) C’est compliqué moralement car on travaille avec du vivant ». Certaines mourraient car elles avaient trop de fièvre pour mettre bas, avec des agneaux parfois mort-nés.

Le ministère de l’agriculture a lancé fin janvier des assises du sanitaire animal pour mieux anticiper les épizooties mais, à quelques semaines de la sortie printanière des bergeries, la Fédération nationale ovine (FNO) alerte sur le manque de vaccins pour la saison à venir.

« Il y a des ruptures d’approvisionnement, surtout pour le sérotype 8, on n’a pas les stocks » pour les plus de six millions d’animaux du cheptel ovin français, explique Rachel Legrand, de la FNO, association spécialisée de la FNSEA, syndicat agricole historique.

En 2024, l’Etat a financé 13,7 millions de doses pour 38 millions d’euros.

Un Salon pour alerter

Les éleveurs comptent sur le Salon de l’agriculture, qui a lieu à Paris jusqu’à dimanche, pour alerter les autorités. Laurent Loury a amené quelques animaux à ce grand rassemblement populaire mais le coeur n’est pas à la fête. Il a pu vacciner, en payant cette fois de sa poche. Une facture de plus de 1 000 euros qui s’ajoute à de nombreuses pertes indirectes et charges supplémentaires.

Le trentenaire a sollicité une aide dans le cadre des 75 millions d’euros débloqués en urgence par le gouvernement et peut prétendre à environ 10 000 euros pour ses 31 brebis perdues – sur un troupeau de 280.

Mais, face aux pertes constatées chez ses voisins et dans le reste de la France, il n’est pas certain que le fonds d’urgence suffise.

Sollicité, le ministère n’était pas en mesure de faire un bilan des demandes qui pouvaient être déposées jusque mi-février. La ministre Annie Genevard a déclaré dimanche au Salon que les aides commençaient à être versées.

Rachel Legrand estime que la filière a observé une surmortalité de 10 % en raison de la FCO3 mais que, dans certaines régions comme le Grand-Est, elle atteint plus de 40 %. Elle s’ajoute à la FCO8, qui sévit surtout dans le Sud, depuis 2023 déjà.

Plus de 26 000 foyers ont été recensés pour les deux sérotypes, qui touchent aussi durement les élevages bovins, et la FCO3 a fini par être déclarée endémique mi-février.

Pas d’agneaux à Pâques ?

Impossible de déterminer le nombre exact de pertes car autopsies et tests ne sont pas systématiques mais elles atteignent plusieurs milliers. A cela s’ajoutent les pertes indirectes et les conséquences à long terme.

A l’agnelage de novembre, qui fournit habituellement les agneaux de Pâques, Laurent Loury a constaté une baisse de 20 % des naissances en raison des problèmes de fertilité causés par la maladie chez les brebis comme chez les béliers.

Autant de place laissée à l’importation de viande ovine pour le repas pascal, dit Rachel Legrand, rappelant l’entrée en vigueur en mai 2024 d’une extension de l’accord de libre-échange entre l’UE et la Nouvelle-Zélande, notamment sur le contingent d’agneaux autorisé.

Retard de croissance des agneaux avec augmentation des aliments consommés à la clé, animaux durablement affaiblis et dont la viande ne sera pas commercialisable, coûts des soins vétérinaires… Laurent Loury liste ses charges. En 2024, son chiffre d’affaires, de 76 000 euros en 2023, a été amputé de 20 000 euros.

Il aurait pu garder plus d’agnelles et les élever pour « recapitaliser » son cheptel, mais il a préféré privilégier ses revenus en « faisant quelques années avec moins d’animaux ».

Son mi-temps de technicien dans une coopérative d’élevage bovin l’aidera à passer le cap, mais « pour ceux qui n’avaient pas autant de trésorerie, ce sera plus dur », craint-il. « On est bien accompagné au niveau local, mais ça pèche au niveau national, il y a toujours du retard. »