L’élevage à l’herbe, c’est durable… mais aussi moins rentable !
TNC le 02/04/2025 à 05:19
Lors des journées de printemps de l'association francophone pour les prairies et les fourrages (AFPF), Vincent Chatellier, économiste, a joué les poils à gratter. Si l'intérêt environnemental des prairies n'est plus à démontrer, les éleveurs en système maïs fourrage gagnent au long court mieux leur vie que les éleveurs herbagers.
« Est-ce que les exploitations d’herbivores gagnent bien leur croûte ? », lance Vincent Chatellier, ingénieur de recherche en économie à l’Inrae. Nul besoin d’épiloguer sur qu’est-ce que bien gagner sa vie, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur la période 2010-2023, les éleveurs d’herbivores (bovins ovins et caprins) ont gagné 14 000 € de moins par unité de travail que les autres exploitations agricoles. En bref, compter un tiers de revenu en moins par rapport aux autres productions.
Mais qui dit herbivore dit herbe. Et le pâturage est souvent présenté comme un facteur de résilience, permettant aux éleveurs de se dégager du revenu. Qu’en est-il dans les faits ? L’économiste a passé en revue les résultats de différentes typologies d’exploitations sur les 14 dernières années. Résultat : l’herbe a beau être verte, elle cache quelques épines…
Le système maïs plus rentable sur le long terme
Les revenus des systèmes herbagers ont l’avantage d’être assez stables dans le temps, et surtout moins vulnérables en cas de baisse des prix. Seul bémol, « ils n’ont pas forcément le moyen d’atteindre les mêmes niveaux de production que les intensifs lorsque le prix du lait est porteur », constate Vincent Chatellier.
En moyenne sur la période 2010-2023, les élevages en système maïs (plus de 50 % de maïs dans la SFP) on dégagé 33 000 € de résultat courant avant impôt par unité travail annuel non salariée (RCAI/UTANS). Les structures avec moins de 10 % de maïs dans la SFP sont autour de 28 500 €.
Mais l’écart se creuse depuis l’amélioration du prix du lait. Sur la période 2020-2023, les éleveurs avec plus de 50 % de maïs dans la SFP affichent un revenu médian à 47 600 €, là où les herbagers se situent autour de 28 000 €. Le différentiel est encore plus frappant lorsqu’on regarde les revenus des 25 % des éleveurs les plus performants dans leur catégorie. Le dernier quartile des conventionnels avoisine les 73 100 €, contre 45 600 € en système herbager.
Du côté des bovins viande, le différentiel est moins marqué. Compter autour de 23 000 € de RCAIN/UTANS pour les éleveurs en système maïs, contre 20 500 € pour les herbagers.
« Les conventionnels vont chercher avec du maïs et du concentré un niveau de production que l’on arrive pas à avoir à l’herbe. En ce moment, ça fonctionne bien », décrypte l’économiste. « Il y a aussi beaucoup d’endroits où l’intensification et le rendement laitier par vache ont été présentés comme une solution pour des structures ayant un parcellaire contraint ».
Mais Vincent Chatellier tempère : « il y a tout de même des herbagers qui gagnent bien leur vie. Le quart supérieur des éleveurs avec 10 à 30 % de maïs dans la SFP arrive à atteindre les 56 000 € de résultat par unité de main-d’œuvre sur les quatre dernières années ».
Les systèmes herbagers très dépendants des aides
Pour l’expert, le nœud du problème reste la plus faible productivité du travail en système herbager. « Avec moins de lait produit – ou moins de viande – par unité de main-d’œuvre, les structures herbagères ont un chiffre d’affaires plus faible ».
Avec moins de produits, difficile de diluer les aides. Elles représentent ainsi 90 % du résultat des élevages laitiers herbagers, contre 45 % en système maïs.
Quant aux bovins viande, ils affichent un niveau de dépendance aux aides assez déroutant. En système herbager, les aides dépassent les 200 % du résultat courant. En système maïs, elles oscillent autour de 170 %.
Les aides représentent 105 % du résultat des éleveurs d’herbivores.
« On peut toujours essayer de se rassurer en zoomant sur certaines typologies, mais au global, les aides représentent 105 % du résultat des éleveurs d’herbivores. C’est tout », tranche l’économiste.
Et si la grande menace pour les systèmes herbagers n’était pas la fluctuation des marchés, mais le tarissement des aides ? « Nous avons coutume de faire des simulations en faisant évoluer le prix du lait et des intrants, mais il faut aussi regarder ce qui se prévoit du côté des dotations publiques. »
En ce début 2025, les débats sur la Pac 2027 sont initiés, et vu la dépendance aux aides de certains systèmes, « il ne faut pas se louper » insiste l’expert. « Il y aura 9,5 milliards d’euros sur la table. Nous sommes dans une période difficile. Le tout sera de savoir si l’on veut de l’élevage et surtout quel élevage on veut. Ils ont deux ans pour nous rendre la copie ».