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Valentin, jeune éleveur : « Produire un maximum de lait par vache même en bio »


TNC le 03/04/2025 à 05:23
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(© (c) p. nowack - penofoto.de)

C’est « la politique de l’entreprise » depuis son installation en Gaec en janvier 2024. En bovin laitier AB, « on ne produit pas forcément moins, on peut produire autant », scande le jeune producteur, qui a choisi l’exploitation reprise pour qu’elle soit « rentable ». Malgré la crise du lait bio, le jeune homme a confiance en l’avenir, même « s’il ne faut pas installer pour installer ». « La filière doit être structurée, durable, avec un marché derrière », met-il en avant.

« Aujourd’hui, nous sommes à 9 000 l de lait/vache. On se rapproche d’un système conventionnel. La politique de l’entreprise, c’est de produire. Ce n’est pas parce que nous sommes en bio, qu’on produit forcément moins, on peut produire autant », estime Valentin Werther, jeune éleveur de vaches laitières en agriculture biologique aux Lucs-sur-Boulogne en Vendée. « Après, tout dépend des secteurs et de leur potentiel », nuance-t-il.

« Tout en étant résilient et autonome »

À son installation en Gaec (reprise hors cadre familial (1)) le 1er janvier 2024, son but était de « produire un maximum de lait par vache et par hectare, tout en étant résilient et autonome ». Son premier critère de recherche d’exploitation : qu’elle soit « rentable, avec un cheptel performant, pour vivre dignement du métier d’éleveur ». Ensuite, qu’elle soit « pratique », avec notamment pas mal de pâtures autour.

Et qu’elle s’adapte au changement climatique, autrement dit qu’elle dispose d’un système de drainage. « Ces deux dernières années, nous avons connu des excès d’eau comme jamais », fait remarquer le jeune homme. Et, à l’inverse, d’un dispositif d’irrigation pour « assurer, en cas de sécheresse, les rendements de nos cultures et l’autonomie alimentaire du troupeau ».

(1) Son père était militaire et sa mère assistante maternelle. C’est en côtoyant des amis de la famille depuis tout petit qu’est née sa passion pour l’élevage. Ses études agricoles – un bac pro CGEA et un BTS Acse – et ses stages en exploitations ont conforté sa décision de reprendre une ferme laitière en AB. Mais « pas tout seul pour avoir du temps libre », car cette production est chronophage.

« Un travail approfondi sur la zootechnie et l’agronomie »

Pour atteindre ce niveau de production, l’élevage mise sur la qualité des fourrages, avec du maïs irrigué, de la luzerne, des prairies riches en légumineuses et en trèfle. Un peu de concentré est acheté à l’extérieur, « forcément », du soja et surtout un mélange luzerne/féverole/pois bio français pour « rester sur quelque chose de local ».

Valentin a fait le choix de l’agriculture biologique par « conviction ». « J’ai découvert ce mode d’élevage et de production au cours de mes stages. Il correspond à mes envies et à celles de mon associé, avec un travail sur l’agronomie et la zootechnie, différent, plus approfondi, on se pose plus de questions. Et beaucoup de pâturage. La laiterie proposait aussi un prix du lait rémunérateur. » Ses objectifs agronomiques et zootechniques justement ?

« Nous voulions que les bêtes pâturent, ne pas utiliser de phytos et être le plus autonome possible, avec les fourrages, toute la paille, une partie des céréales pour alimenter les animaux et du concentré produits sur la ferme. Nous n’achetons que le correcteur azoté », répond-il. Sur la partie agronomique, les deux producteurs recherchent « la performance en travaillant avec des couverts végétaux, des rotations longues incluant des prairies, du maïs, des céréales, et des apports de fumier, le tout pour nourrir les sols ».

« S’adapter au marché grâce à des filières solides »

Malgré la crise du lait bio actuelle, Valentin demeure confiant. « Des crises, il y en a déjà eu, comme au début des années 2000, ou 2010 un petit peu, et il y en aura toujours. C’est cyclique, ça devrait repartir. Il faut être capable de les surmonter, de s’adapter au marché, de supporter les baisses de prix, cela passe par la construction de filières solides », juge-t-il.

Des crises, il y en a déjà eu et il y en aura toujours.

Avant d’ajouter : « Nous avons la loi Égalim, qui n’est pas totalement respectée. Il est primordial de faire évoluer les choses pour qu’elle le soit et, en particulier, que davantage de produits bio soit écoulés dans la restauration collective et la restauration en général. » « En dessous du seuil fixé de 20 % dans la RHF, jusqu’à 1,5 Md€ risque d’échapper aux producteurs », rappelait Laure Verdeau, directrice de l’Agence bio, au Salon de l’agriculture lors d’une conférence intitulée « Installer des agriculteurs en bio, mission impossible ? », organisée par la foncière Feve (Ferme en Vie).

La priorité avant : produire bio. Et aujourd’hui : consommer bio.
Laure Verdeau, directrice de l’Agence bio

« La France compte 180 000 restaurants. Si tous faisaient une petite place au bio, et que chaque consommateur en mettait un peu dans son panier, et pas seulement ceux qui ont un pouvoir d’achat élevé… » « Avant, la priorité était de produire bio ; aujourd’hui, elle est de consommer bio. Les prix n’ont jamais été aussi bas, c’est le moment d’acheter des produits AB », lance-t-elle.

Quid des installations en élevage laitier biologique ?

Faut-il pour autant encourager les installations en lait biologique ? « Il ne faut pas installer des gens pour les envoyer dans le mur, met en garde le jeune installé en élevage, il faut une structuration réelle pour une filière durable, avec de la lisibilité sur le long terme et derrière un marché et donc de la consommation, pour avoir l’assurance de gagner sa vie. C’est pour ça qu’on s’installe, qu’on a envie d’être chef d’entreprise. La passion est là mais ne suffit pas. »

Avoir l’assurance de gagner sa vie. C’est pour ça qu’on s’installe.

« C’est ma vision, elle est personnelle », tient-il à préciser. Lorsqu’il a repris la ferme, il a constaté malgré tout qu’il n’y avait pas pléthore de candidats en bio et que le discours des différents organismes était plutôt dissuasif. « L’AOP Beurre du Poitou apporte une garantie à côté », reconnaît le jeune agriculteur.

L’enjeu : stimuler la consommation. Laure Verdeau.

Pour Laure Verdeau, « la demande va reprendre et le risque est d’avoir perdu trop de producteurs pour y répondre ». « L’enjeu est donc de stimuler le marché », martèle-t-elle. Pour l’heure, « la planche de salut est la vente directe », argue-t-elle encore. Et d’illustrer : « 40 % des exploitations en AB en font et 60 % des jeunes installés. »

Concernant la structuration de la filière, la directrice de l’Agence bio pointe également le nécessaire développement d’outils de stockage et de transformation. « Il faut qu’elle soit accompagnée pour gérer des productions plus diversifiées et fragmentées », note pour sa part Feve. À travers le nombre d’inscrits sur sa plateforme web, l’entreprise à mission ressent une vraie appétence des porteurs de projet en agriculture pour le bio.