Droits de douane : les alcools européens veulent croire en la négociation
AFP le 03/04/2025 à 13:15
La filière européenne des vins et spiritueux espère encore en la négociation pour éviter les 20 % de droits de douane supplémentaires annoncés par Donald Trump, qui pourraient réduire d'autant ses ventes vers les Etats-Unis, son premier marché.
Certes, la menace brandie mi-mars par le président américain d’imposer des droits de douane de 200 % sur les alcools européens n’a pas été au bout. Mais les 20 % annoncés mercredi sur tous les produits importés de l’Union européenne sont « un coup dur porté à toute la filière des vins et spiritueux de part et d’autre de l’Altantique », a réagi le Comité Champagne.
La Fédération française des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) craint « un impact énorme sur l’emploi et l’économie du secteur » avec, en France, « un recul des exportations d’environ 800 millions d’euros », et de 1,6 milliard d’euros pour l’ensemble de l’Union européenne.
Pour les eaux-de-vie, déjà en « conflit avec la Chine », « c’est une catastrophe d’une ampleur inimaginable », déplore Anthony Brun, président de l’Union générale des viticulteurs pour l’AOC Cognac. « Ces taxes vont mettre en très grande difficulté notre filière, avec un risque de cessations d’activité en chaîne », analyse-t-il.
En 2024, l’UE a exporté pour 8 milliards d’euros d’alcools, dont plus de 5 milliards de vin, aux Etats-Unis, son premier marché à l’exportation. La France représente environ la moitié : 2,4 milliards d’euros de vin et 1,5 milliard de spiritueux français ont été écoulés sur le marché américain (environ 25 % de ses exportations). L’Hexagone est suivi de l’Italie (environ 2 milliards d’euros de vin exportés). La Suède compte elle sur les Etats-Unis pour sa vodka, l’Irlande pour son whisky…
Ces 20 % ne sont « pas une complète surprise », admet le délégué général de la FEVS, Nicolas Ozanam. « On a encore quelques jours pour discuter, essayer de trouver des solutions s’inscrivant dans un agenda positif », souligne-t-il, appelant à « conserver un dialogue bilatéral ouvert » entre l’UE et Washington.
« Si on rentre dans l’escalade, on accroît les dégâts », dit-il, espérant « que la négociation s’engage rapidement », alors que 10 % de surtaxe doivent s’appliquer dès samedi, puis 20 % le 9 avril.
Jeudi, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a tendu la main aux Américains pour trouver une solution négociée à leur offensive généralisée sur les droits de douane.
La menace de Donald Trump de surtaxes de 200 % sur les alcools européens était intervenue après que l’UE avait dit envisager des mesures de retortion sur des produits américains, incluant le bourbon. Depuis, Bruxelles a reporté à la mi-avril la publication de sa liste de représailles.
Le secteur appelle l’UE à laisser le bourbon et plus généralement leur activité hors du conflit.
Depuis un accord UE-USA de 1997, les spiritueux sont exonérés de droits douaniers de part et d’autre de l’Atlantique. Pour « construire une relation commerciale positive » avec les Etats-Unis, les exportateurs français proposent aujourd’hui de faire de même pour les vins, encore soumis à de faibles taxes.
Appelant aussi à l’apaisement, le lobby des spiritueux SpiritsEurope « salue le désir de l’UE d’atteindre une solution négociée » : « nous voulons nous assurer d’un retour à un environnement offrant une croissance continue à la fois pour les producteurs européens et américains ».
Une situation déjà vécue en 2019
Donald Trump avait déjà imposé 25 % de surtaxes en 2019-20 à certains vins de quatre pays européens, dont la France, dans le cadre d’un conflit sur l’aéronautique.
Les vins de Bourgogne avaient alors vu leurs exportations chuter « de 25 % », se souvient Laurent Delaunay, président du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB), pour qui ce nouvel épisode « est très grave » et risque de faire perdre un « quart des exportations ».
« Si ça devait représenter 20 % de (pertes de) nos exportations de vins de Bordeaux aux Etats-Unis, ça ne représenterait pas loin de 100 millions d’euros », dit aussi Allan Sichel, président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB).
Mais aujourd’hui l’affaire est autrement compliquée, avec des vins taxés à 10 % au Chili, Australie, Nouvelle-Zélande, et en Afrique du Sud plus encore qu’en Europe… L’impact mondial risque d’être d’une autre ampleur, souligne M. Ozanam.
En attendant, en France, le président Emmanuel Macron doit recevoir jeudi les représentants des filières affectées par les annonces, dont le vin.