La mutualisation des équipements agricoles, un levier de transition écologique ?
TNC le 26/02/2025 à 11:30
Si elles tirent vers le bas le bilan carbone de l’agriculture, les machines restent indispensables à l’activité agricole. Pour réduire leur impact, la mise en commun des équipements, à travers les Cuma, ou la délégation des travaux, peut constituer une réponse aux enjeux environnementaux, à condition de lever certains freins.
« La consommation des matériels agricoles représente 50 % de l’énergie consommée en agriculture », or la disponibilité des énergies fossiles va se réduire dans les années à venir, a rappelé Philippe Martinot, secrétaire général du réseau Cuma, lors d’un échange initié par The Shift Project au salon de l’agriculture, le 25 février.
Sur le terrain, entrepreneurs de travaux agricoles ou Cuma sont déjà à l’œuvre pour réduire leur impact environnemental. Les formations à la conduite économique permettent ainsi de gagner 15 % à 20 % de consommation de carburant, tout comme les dernières technologies de guidage par exemple, explique Frédéric Jan, entrepreneur de travaux agricoles, vice-président de la FNEDT.
Les atouts environnementaux de la mutualisation
Pour accélérer la transition environnementale, les agriculteurs ont besoin de machines plus performantes au niveau énergétique, mais également en matière de débit de chantier, puisque le changement climatique réduit de plus en plus les fenêtres météo pour les travaux des champs.
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Si des innovations performantes existent, comme des tracteurs puissants fonctionnant au bioGNV, ces machines ont un coût très élevé, que les exploitants agricoles n’ont pas souvent les moyens de payer. « On va être capable de mettre à disposition du matériel qu’un agriculteur ne pourra pas s’offrir, et on va l’optimiser à fond. Pour l’environnement, c’est moins d’émissions », explique Frédéric Jan. « Un tracteur qui est mutualisé permet d’économiser 30 % d’émissions de GES en prenant en compte les effets directs et indirects, c’est-à-dire au niveau de sa construction, son utilisation et son démantèlement », ajoute le représentant des Cuma.
Cette mutualisation des équipements permet aussi l’accès des agriculteurs à des machines plus performantes en matière d’économie de produits phytosanitaires. « Une récente enquête de l’Institut Agro met en exergue le fait que quand il y a des groupes en Cuma importants sur un territoire, la consommation de pesticides est diminuée de près de 8 %, ce qui s’explique par l’utilisation d’un matériel plus performant en matière de désherbinage, d’un matériel de pulvérisation plus précis et plus adapté », souligne Philippe Martinot.
« Sur les phytos, on va désormais être capable de cibler la plante qu’on veut voir disparaître, mais ce sont des matériels qui coûtent très cher et qu’il faudra forcément mutualiser », ajoute Frédéric Jan.
Et la mutualisation s’avère d’autant plus intéressante que les charges de mécanisation représentent déjà 25 % des charges des exploitations agricoles françaises, « ce qui nous place parmi les exploitations les plus chargées au niveau européen », rappelle Philippe Martinot.
La mutualisation, un « impensé politique » ?
Pourtant, le parc matériel français n’est mutualisé qu’à 10 %. Une proportion qu’il faudrait porter à 30 % au minimum pour constater des effets notables sur la consommation d’énergie. « Il faudra que les pouvoirs publics nous accompagnent sur ce volet-là », estime Philippe Martinot, qui souhaiterait des politiques publiques favorisant des usages plus vertueux, « au lieu de guichets uniques qui contribuent en permanence au suréquipement ».
« La partie coût de production, à travers la machine, a toujours fait partie des grands absents politiques, nous on parle d’impensé politique », déplore Philippe Martinot, qui appelle de ses vœux une plus grande incitation des pouvoirs publics à la mutualisation. La FNCuma a d’ailleurs proposé à la ministre de l’agriculture d’organiser d’un « Varenne de la machine », sur le modèle du Varenne de l’eau qui s’est tenu en 2021 et 2022.