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Manifestations syndicales

Le #SIA2024 a clairement marqué le début de la campagne des élections chambres


AFP le 02/03/2024 à 10:05
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(© © TNC)

S'ils se sont un temps rejoints dans des actions de terrain, les syndicats agricoles français ne retiennent plus leurs coups : la campagne pour les élections chambres d'agriculture de janvier 2025 a bel et bien commencé.

Dans les allées du Salon de l’agriculture, c’est à qui sera le plus visible : drapeaux vert et blanc du syndicat majoritaire et historique FNSEA, rouge et blanc de leurs alliés des Jeunes agriculteurs (JA), bonnets jaunes de la radicale Coordination rurale et drapeau jaune des agro-écologistes de la Confédération paysanne. Le stand de la FNSEA domine le pavillon 4, avec son tracteur aux allures de gros jouet au sommet.

Favorisée par le mode de scrutin aux élections professionnelles, qui offre une prime au gagnant, la FNSEA a le plus à perdre. La Coordination rurale (CR), née fin 1991 d’une scission de la FNSEA, compte bien en profiter pour prendre l’une des 97 chambres – sur 102 – que le syndicat majoritaire dirige.

La FNSEA, affirme la présidente de la CR Véronique Le Floc’h, « c’est la cogestion depuis 50 ans, on voit ce que ça donne. C’est la catastrophe ».

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« Remettre en cause le dialogue des syndicats majoritaires avec le gouvernement, c’est un déni de démocratie », a réagi auprès de l’AFP le président des JA, Arnaud Gaillot, déplorant « un populisme sans solution ».

Le syndicat historique est accusé de favoriser l’« agrobusiness », alors que les bonnets jaunes de la CR appellent à « sortir des accords de libre-échange ». Si on ferme les frontières, rétorquent les syndicats majoritaires, c’est l’effondrement des filières céréalière ou viticole, qui exportent massivement.

« Ça va être dur »

Alors que des adhérents de la CR, coutumiers des mobilisations coup de poing, ont mené vendredi matin une action surprise à l’Arc de Triomphe, avec tracteurs et bottes de paille, le secrétaire général de la FNSEA Hervé Lapie a réagi en creux.

« S’il faut repartir sur des actions syndicales parce que ça bloque, on le fera. Mais je pense que notre objectif, c’est pas de faire de l’action syndicale pour faire de l’action syndicale, pour être visible. C’est d’être au travail dans l’intérêt de l’agriculture française », a-t-il affirmé, sans jamais citer la CR.

Dans les allées du salon, Philippe Barrault, céréalier et éleveur de chèvres dans l’Indre, adhérent FNSEA, étrille l’ennemi.

« A la CR, ils se réveillent tous les cinq ans en faisant beaucoup de bruit sans apporter beaucoup de fond. Nous, on n’est plus dans la rue parce qu’on est dans les préfectures pour mettre en oeuvre la simplification », dit-il, expliquant participer à « deux à trois réunions par semaine » alors que « la CR ne propose rien ».

Egalement adhérente FNSEA, Agnès Kerbrat, productrice de lait de vache dans le Finistère, est malgré tout inquiète : « Les élections de chambre, ça va être dur. » Sur le stand de la CR, deux jeunes agriculteurs non syndiqués sont venus « prendre des infos ».

A 24 ans, salarié dans l’élevage porcin de son père en Bretagne, Maxime Favé vote plutôt à l’extrême droite, mais n’est « pas sûr » de se syndiquer.

Adrien Tannau, 24 ans et Breton lui aussi, élève des vaches laitières qui pâturent à l’herbe, « en hyper extensif et en bio ». Il estime que la CR « sera le grand gagnant des futures élections ». « Chez moi, j’ai vu quatre ou cinq adhérents FNSEA déchirer leur carte. » Lui estime qu’on ne doit « pas reculer sur l’environnement » et n’est « pas convaincu » par la position anti-libre-échange de la Confédération paysanne ou de la CR.

Sur le stand de la Confédération paysanne, Jean-Bernard Lozier, céréalier dans l’Eure, considère qu’« on assiste à l’affrontement de deux modèles », l’un « libéral, productiviste, exportateur » et l’autre « qui prend en compte l’environnement, le social » sans prôner pour autant « l’autarcie ni retour en arrière ».Pour lui, « il y a une déconnexion totale entre la tête de la FNSEA et sa base ».

Tous les syndicats assurent avoir gagné des adhérents à la faveur de la récente mobilisation. Mais, comme le dit Laurence Marandola, porte-parole de la Confédération paysanne, reprenant un proverbe classique des foires agricoles, « c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ».