Les marchés agricoles hésitent, suspendus aux annonces douanières américaines
AFP le 02/04/2025 à 18:05
Les cours sur les marchés agricoles américains et européens, pris dans un entre-deux saisonnier, oscillaient légèrement mercredi, suspendus aux annonces douanières de l'administration Trump.
A Chicago, le soja a gagné près de 3 % sur une semaine, mais blé et maïs sont restés en retrait avant de bénéficier en début de semaine d’un petit coup de fouet lié aux prévisions de semis publiées aux Etats-Unis.
Selon le ministère américain de l’Agriculture (USDA), les intentions de semis en blé et soja pour la saison à venir sont en effet moindres que prévu.
Les prévisions pour les surfaces de maïs sont pour leur part en forte hausse (+ 4 %), mais moins élevée que les opérateurs ne le redoutaient.
Sur la même période, les cours sur Euronext ont suivi la tendance, avec tout juste un léger sursaut du maïs.
Une nouvelle baisse du cours du blé en revanche a permis des ventes, au Maroc, en Grande-Bretagne… de la graine française, qui depuis des mois a du mal à trouver preneur à l’export (hors UE).
Globalement, « les marchés (américains) sont déprimés depuis un mois sur fond (du sujet) des droits de douane américains, et cette déprime de Chicago influence l’ensemble du monde entier », souligne Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media France.
« Il y a une influence psychologique de ce marché », dit-il : « le fait que les traders du monde entier ont en live sur leur téléphone ou leur bureau les cotations de Chicago toute la journée, quand ça baisse tous les jours, toute la semaine, forcément que ça appuie sur la psychologie du marché ».
Droits de douane et rétorsions
A rebours de cette tendance, le colza européen s’est montré en revanche « en forme ». Tiré par l’huile de palme en Asie, dont les prix frisent les plus hauts, et par l’huile de soja américaine, boostée par la rumeur d’une possible relance du soutien aux biocarburants aux Etats-Unis.
Fondamentalement, mercredi, les marchés étaient surtout suspendus aux annonces attendues le jour même de la Maison Blanche sur de nouveaux droits de douane et leurs éventuelles rétorsions, constataient les analystes.
Le marché est « très clairement » dans une position d’attente, soulignait Jack Scoville, analyste chez Price Futures Group, pour qui « les droits de douane (voulus par Donald Trump) vont arriver et nous pourrions certainement voir le marché baisser à cause de cela ».
Alors que Pékin réplique déjà depuis le 12 mars en surtaxant des produits agricoles américains – poulet, blé, soja, coton… – « on peut se demander combien de mauvaises nouvelles (le marché) pourra encore supporter. Si nous n’avons pas encore touché le fond, il se peut que nous en soyons très proches ».
Arlan Suderman, de StoneX Financial, constate que les courtiers ont vendu « massivement les matières premières avant l’entrée en vigueur des droits de douane » pour profiter du bon niveau des prix.
Bouleversement des prix et des flux
Pour autant, il ne serait « pas surpris de voir un rebond » sur le marché, dit-il, évoquant les « discussions actives » entre responsables américains et canadiens notamment.
Pour les analystes, l’imposition de surtaxes douanières mais aussi de représailles seraient « à même de bouleverser l’équilibre du marché » des matières premières agricoles, les prix comme les flux.
Parmi les sujets, le sort du canola (colza) canadien, aujourd’hui très largement exporté aux Etats-Unis, et à l’inverse celui du maïs et du blé américains largement écoulés au Mexique. L’Europe va-t-elle se passer du maïs américain, même si elle en importe peu, ou du soja ? s’interroge-t-on aussi.
« On est au mois de mars, avril, on est un peu en fin de campagne », souligne Damien Vercambre, d’Inter Courtage. « On est un peu dans le ventre mou et on attend ce que le président Trump va nous annoncer ».
L’expert mentionne notamment le projet un temps évoqué par Donald Trump « de taxer les bateaux chinois, qui constituent la première flotte mondiale. Et ça, ça va renchérir le prix des exportations américaines ; les Américains devraient alors tailler dans leurs prix », avec un impact « baissier » sur les cours.