Surtaxes de Trump : préoccupée, la filière champagne veut croire à l’apaisement
AFP le 03/04/2025 à 15:45
« Tous préoccupés » : dans la Marne, le secteur du champagne encaisse jeudi l'annonce choc de 20 % de droits de douane américains supplémentaires sur tous les produits importés de l'Union européenne, mais veut croire à la négociation et à l'apaisement.
Mi-mars, le président américain Donald Trump avait même menacé de taxer les vins et autres alcools européens à 200 % et avait spécifiquement mentionné le champagne, dont les États-Unis sont le premier marché à l’export.
« Donc là ,nous passons de 200 % à 20 %, sans précisions d’un secteur particulier », relève Vitalie Taittinger, présidente de la grande maison de champagne Taittinger, interrogée jeudi par l’AFP à Reims, au-dessus de ses caves historiques creusées dans la craie.
Donald Trump a parlé mercredi de droits de douane « réciproques » : un mot « flou » qui « peut laisser penser qu’il y a aussi de l’espoir et de la marge de négociation », interprète la cheffe d’entreprise.
Le marché américain représente « 10 % des volumes totaux de la maison » et son deuxième marché à l’export, avec 600 000 bouteilles, indique-t-elle. Elle espère que des négociations entre l’UE et les États-Unis aboutiront grâce à un « dialogue très précis » et « mesuré », en évitant une « surréaction politique » et des « jeux d’image ».
« Une contrainte de plus »
« Nous sommes tous préoccupés par les décisions prises par le président américain », résume dans un communiqué David Chatillon, le coprésident du Comité Champagne.
« La filière est entièrement mobilisée face à cette taxation » qui « met en péril notre présence sur le marché américain » et par conséquent toute l’économie du champagne et de sa région, abonde Maxime Toubart, l’autre coprésident de l’organisation cité dans le communiqué.
Avec « près de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et près de 30 000 emplois directs », le champagne est « un acteur essentiel de l’économie français », rappelle encore le comité.
Près de 30 millions de bouteilles de champagne ont été exportées vers les États-Unis en 2023, pour 810 millions d’euros.
« Ces 20 % de taxes, ça veut dire une baisse des volumes, mais ça ne veut pas dire que le marché [américain] est fini, ce qui aurait peut-être été un peu plus le cas avec 200 % », estime aussi Christine Sévillano, présidente des vignerons indépendants de Champagne.
Mais ces surtaxes américaines représentent « une contrainte en plus de toutes celles qu’on connaît d’ores et déjà », souffle celle qui gère une exploitation de près de 8 hectares à Vincelles, sur des coteaux au coeur de la vallée de la Marne.
La viticulture souffre déjà « du changement climatique, de la suradministration (…). Les États-Unis c’est quand même un marché hyper important qui était en progression en volume et en valeur ces derniers temps », souligne-t-elle, depuis l’ancienne école communale au milieu des vignes qu’elle a transformée en lieu d’accueil de son exploitation.
« On n’abandonne pas »
Pour les vignerons indépendants, « quand on investit à l’export, ce sont des coûts importants » et « on n’a pas l’agilité de grosses structures pour repartir sur un autre marché », prévient encore Mme Sévillano, qui réalise « 8 à 10 % » de son chiffre d’affaires aux États-Unis.
« Quand on commence à prospecter un marché comme celui-ci, c’est au moins trois ans de travail (…) parce qu’il faut y aller, s’y déplacer, envoyer des échantillons », puis il faut continuer à « aller au contact du consommateur final », énumère la vigneronne.
« Est-ce que cet argent que j’ai investi, ce n’est pas de l’argent pour rien ? Est-ce que mes nouveaux partenaires vont quand même travailler avec moi ? Je n’en sais rien », s’inquiète-t-elle. Mais « on n’abandonne pas, parce que c’est quand même beaucoup d’argent ».
« J’espère vraiment que nos responsables politiques des deux côtés de l’Atlantique vont trouver une solution » et opter pour une « désescalade », ajoute la vigneronne.
Le ministre chargé du Commerce extérieur Laurent Saint-Martin sera vendredi dans la Marne, notamment pour parler du soutien à la filière du champagne, a-t-on appris jeudi de son cabinet.
« Pous nous, la priorité c’est qu’il n’y ait pas de conséquences sur l’emploi » déclare à l’AFP Philippe Cothenet, secrétaire général adjoint de l’intersyndicale CGT Champagne.
Il dit notamment craindre que les surtaxes américaines n’amplifient encore le recours de la filière champagne à des travailleurs sous-traitants venant « souvent des pays de l’Est », au détriment de la main-d’oeuvre locale.