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Tribune de la FNB : « Les éleveurs bovins attendent des signaux clairs… »


TNC le 27/03/2025 à 12:00
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(© Pixabay/Weevinz)

La Fédération nationale bovine s’exprime dans une tribune concernant les prix des bovins et notamment le ralentissement observé en France depuis quelques semaines. Elle dénonce : « la filière française reste muette ! » Cédric Mandin, secrétaire général de la FNB revient sur la situation actuelle et ses conséquences pour la filière.

Comment expliquez-vous cette progression des cours observée depuis plusieurs mois au niveau européen mais aussi français ?

Cédric Mandin : « On se rend compte qu’il y a un déficit de viande au niveau mondial qui se traduit au niveau européen par une baisse de l’ensemble des abattages européens de bovins. Mécaniquement cela induit une évolution positive des prix, due à la baisse du cheptel, dans un contexte de bonne demande. Cela a donné une dynamique positive depuis la fin d’année 2024, avec une marche avant sur les tarifs dans l’ensemble des pays européens… contrairement à la France. Cette hausse s’est observée sur les jeunes bovins puis les vaches, alors qu’en France il y avait une véritable pression à la baisse de l’ensemble des abatteurs, notamment sur les vaches laitières qui a pesé sur l’ensemble du commerce des femelles en cette fin d’année 2024. »

Que faut-il faire pour enrayer cette baisse de cheptel ?

CM : « Il faut donner des signaux forts à l’ensemble des éleveurs sur le territoire français, ce qui manque actuellement ! On se rend compte dans les chiffres d’Interbev que la contractualisation est en train de baisser partout : il y a un désengagement général de la filière.

En parallèle, les signaux de prix à la baisse qui sont envoyés après la hausse des prix en mâles sont inadmissibles ! Alors qu’en parallèle, on observe la bonne tendance de marché dans les autres pays européens, que ce soit en Espagne qui est pourtant exportatrice, en Irlande ou en Pologne, comment la filière peut-elle avoir aussi peu de considération pour le cheptel bovin allaitant français ? Ce cheptel est pourtant reconnu dans toute l’Europe pour sa qualité, on a un produit d’exception qui est recherché par les Italiens, par les Espagnols. On a le produit d’export parfait avec toutes les qualités recherchées, et à côté de ça, la filière impulse une baisse des prix.

Avec ce contexte, pas de doute que les éleveurs verront un intérêt à vendre leurs animaux vers l’export de broutards, d’autant plus que les Espagnols ont levé les normes sanitaires. Si certains se posent des questions, la réponse est l’absence d’engagement de la filière ! Je ne dis pas que c’est simple, mais si on veut garder des animaux en France, il faut de la contractualisation avec couverture du coût de production interprofessionnel.

Il y a un déficit, il n’y aura donc pas suffisamment d’animaux pour tous les circuits de commercialisation. Il y aura des priorisations et des négociations qui vont se faire. Ce qu’on ne sait pas encore, c’est l’ensemble des conséquences des crises sanitaires MHE et FCO sur la réduction du nombre de veaux, et les risques de nouvelle accélération de la décapitalisation. Par contre, ce qui est certain c’est qu’il y aura encore moins de veaux nés cette année, et donc de veaux sur le marché l’année prochaine ! Et il ne faut pas oublier que les prix des vaches ne sont pas encore rémunérateurs !

Les cotations doivent dépasser les 6,40 €/kg pour espérer des prix payés aux producteurs qui couvrent l’indicateur interprofessionnel de coût de production (à 6,17 €/kg au deuxième semestre 2024 + ajout de 15 à 20 centimes de frais d’approche) pour être au coût de production, il faudrait un prix payé aux éleveurs au-dessus de 6,40 €/kg, on en est encore loin à l’heure actuelle ! »

Dans ce contexte, quelles solutions voyez-vous pour les éleveurs et plus globalement pour la filière ?

CM : « Il faut mettre en œuvre tous les moyens possibles pour maintenir des vaches sur le territoire français ! C’est une priorité que nous avons toujours portée à la FNB. Pour cela, il faut une contractualisation qui couvre au minimum le coût de production interprofessionnel, et sans se déconnecter du marché, comme on le répète depuis des années aux maillons de la filière.

Si les éleveurs avaient eu la chance de signer des contrats au coût de production pour tous leurs animaux finis, actuellement ils seraient tous payés au-dessus des prix pratiqués, même en jeunes bovins ! Dans cette catégorie, on atteint tout juste, sur les dernières semaines, des prix payés aux producteurs couvrant le coût de production, après déduction des frais d’approche. Oui les prix ont monté, enfin ! Malheureusement, ces quelques semaines plus favorables ne suffisent pas à dire que tout va bien en viande bovine ! Pas après tant d’années difficiles, et des trésoreries faiblardes. De plus, les crises sanitaires et climatiques ont pénalisé beaucoup d’éleveurs en 2024.

Les éleveurs doivent recevoir d’autres signaux que des prix en baisse. Si la filière s’entête avec ces baisses pour le cheptel français, alors les éleveurs continueront de pousser les animaux à l’export, et cela ne renouvellera ni les générations ni le cheptel, ce qui est catastrophique ! Il ne faut pas se tromper, cela ne sera pas la responsabilité des éleveurs qui font uniquement des choix induits par l’attitude de la filière. »